Master 2011 2012
Stages de la spécialité SAR: Modèles harmoniques
Site de l'UPMC :
http://www-master.ufr-info-p6.jussieu.fr/2011/Modeles-harmoniques

Mot-clé : Parcours ATIAM : Informatique musicale
Organisme :CAMS (Centre d'Analyse et de Mathématiques Sociales, EHESS)
Responsable(s) : Marc Chemillier (avec la collaboration de Gérard Assayag)
Lieu :IRCAM, équipe Représentation musicale
Dates :à partir du 01/03/2012
Rémunération :oui

Description

Le stage part du constat suivant concernant l'état actuel des recherches sur l'improvisation et l'ordinateur menées autour du logiciel OMax :

(1) On sait harmoniser un solo :

  • soit librement et en temps réel dans soMax, nouveau prototype issu de OMax 4 (version actuelle d'OMax en Max/C)
  • soit découpé en beats et posé sur une grille dans ImproteK (outil de prototypage en Lisp basé sur l'ancienne version OMax 2).
(2) On sait improviser un solo sur une grille (Improtek), et ce solo peut être réharmonisé selon (1).

Á partir de là, on cherche à caractériser formellement les divergences entre la grille (2) et la séquence harmonique issue de (1.b). Une hypothèse favorable serait qu'elle apparaisse comme un "enrichissement" de la grille d'origine. Formellement, le processus revient à composer deux transductions (grille, solo), puis (solo, réharmonisation). La transduction composée s'obtient avec des couples d'états (p, q) et des flèches d'étiquette (a, c) allant vers (p', q') s'il existe b tel que, dans les transductions d'origine, on ait p -> p' d'étiquettes (a, b) et q -> q' d'étiquette (b, c). Le problème est qu'on a sans doute trop de flèches et qu'il faudrait contrôler la transduction, par exemple en supprimant des transitions aberrantes.

Un autre modèle d'enrichissement harmonique est la grammaires de Steedman définie par un ensemble de règles de réécriture représentant des "substitutions". Peut-on représenter les divergences entre la grille d'origine et les réharmonisations comme un ensemble de règles de substitution ? Inversement, peut-on établir un lien entre des substitutions et les lignes mélodiques qu'elles accompagnent de sorte qu'elles apparaissent comme des réharmonisations ?

Enfin, il existe d'autres modèles théoriques pour décrire des enchaînements harmoniques comme la théorie des "voice leading" de Dmitri Tymoczko, qui pourraient fournir des critères de sélection de bons enchaînements. Ajoutons qu'elle concerne les notes utilisées pour jouer les accords, ce qu'on appelle les "voicings", qui correspondent à une troisième transduction (harmonisation, voicings).

Pour l'implémentation, la librairie ImproteK en Lisp permet de prototyper des modèles, et l'interface ImproteK en Max (développée par Jérôme Nika) de les tester en temps réel. Par ailleurs, soMax évolue lui-même vers une représentation beat, avec gestion du phasage dans le beat (possibilité de recombinaisons plus fines que le beat), et un concept de temps souple (le musicien en entrée, et le corpus qui réagit, se co-adaptent en permanence). Dès lors, soMax pourrait lui aussi réimproviser le solo (2) sur une grille, et l'injecter dans une autre instance de soMax qui le réharmoniserait (note à note). On serait alors dans un cas de divergence maximale (c'est-à-dire substitution extrême, car beaucoup d'accords pour un seul accord de la grille de départ), intéressant à étudier, mais par contre dépourvu de labels harmoniques (soMax travaille sur des textures de hauteurs non symbolisées).

Travail à réaliser :

  1. Faire une analyse des divergences entre grille et réhamonisations, à la fois d'un point de vue formel, et de façon plus empirique par des statistiques de comparaison à partir des corpus dont on dispose (Hermeto Pascoal, Bernard Lubat).
  2. Comparer ces divergences avec les substitutions de la grammaire de Steedman. Peut-on les représenter comme un ensemble de règles de réécriture ? Cette partie nécessite une réflexion sur le modèle de Steedman qui est incomplet dans le traitement des subdivisions temporelles (mesures, demi-mesures, etc.).
  3. Étudier la manière dont on peut contrôler les substitutions harmoniques pour qu'elles suivent le solo qu'elles accompagnent. Peut-on unifier les deux points de vue, "substitution" versus "réharmonisation" ?
  4. Voir la pertinence d'autres modèles théoriques pour décrire les enchaînements harmoniques (modèle de Dmitri Tymoczko).
  5. Dans la perspective d'un enrichissement de soMax vers le mode beat et la labellisation, explorer la possibilité d'une utilisation interactive en temps réel des modèles d'enrichissement / substitutions étudiés aux points précédents. L'intérêt en serait une plus grande compacité des modèles et la possibilité de créer pour un solo des arrangements hybrides entre la grille de départ et la réharmonisation.

Documents : Documentation et tutorial sur la librairie ImproteK d'Open Music avec exemples musicaux :
http://ehess.modelisationsavoirs.fr/atiam/improtek/ImprotekTutorial.pdf
http://ehess.modelisationsavoirs.fr/atiam/improtek/index.html


Bibliographie :

Jérôme Nika, Intégrer l'harmonie dans un processus informatique d'improvisation musicale, Mémoire M2 Atiam 2011, IRCAM & CAMS-EHESS.
http://ehess.modelisationsavoirs.fr/improtech/docs/Jerome.Nika-memoireM2-sept2011.pdf
Mark J. Steedman, A Generative Grammar for Jazz Chord Sequences, Music Perception, vol. 2, n1, 1984, pp. 52-77.
Dmitri Tymoczko, A Geometry of Music. Harmony and Counterpoint in the Extended Common Practice, Oxford University Press, 2011 (chapitre 10: Jazz, pp. 352-390).