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La plante-des-jumeaux
et la « philosophie du décalage »

Éric de Dampierre a mis en évidence la « philosophie du décalage » propre au mode de penser Nzakara. Selon lui (1984:17), à l'opposé de la pensée « rationnelle » européenne, « qui accepte la notion de clone et postule l'identité des particules physiques élémentaires », la pensée Nzakara n'exprime jamais l'égalité de deux valeurs ou de deux longueurs. La mise en parallèle de deux formes identiques met toujours l'accent sur le décalage de l'une par rapport à l'autre. Ainsi la plante-des-jumeaux a-t-elle deux rangées de feuilles à angle droit, qui sont décalées l'une par rapport à l'autre, comme les deux lignes du canon en musique :

 


 

« Après son accouchement, une mère de jumeaux se procure un plant de bisibílì... Elle arrache une feuille qu'elle dispose à gauche, puis une feuille qu'elle dispose à droite du plant qu'elle repique alors verticalement, derrière et non loin de sa case. Elle verse ensuite de la poudre de padouk () sur ces deux feuilles. La poudre de só, qui figure dans la plupart des rituels d'inversion, est censée neutraliser cette menace d'identité et la plante "singulière" repousse alors normalement. »

(Éric de Dampierre, Penser au singulier, Soc. d'ethnologie, 1984).