L'art de l'éphémère  /  La tortue

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  • La tortue

    tortue Deacon

    Notre connaissance des dessins sur le sable du Vanuatu doit considérablement au travail d'un anthropologue, Bernard Deacon. C'est une figure majeure de l'anthropologie britannique qui a connu un destin tragique. À l'âge de vingt-quatre ans, il part pour l'archipel du Vanuatu, les Nouvelles-Hébrides, et c'est son premier terrain. Il est prévu qu'il y passe deux ans, en 1926-1927. Pendant ces deux années passées au Vanuatu, Bernard Deacon a recueilli des données de toute première importance, notamment concernant les règles de mariage, mais aussi concernant ces dessins sur le sable du Vanuatu. Il a collecté environ cent dessins, comme celui que vous avez ci-dessus. Mais surtout, le plsu important, c'est que Bernard Deacon a eu l'idée géniale de recueillir noln seulement les dessins, mais aussi le processus de tracer des dessins. C'est ce que vous voyez sur la figure. Les arcs sur le dessin sont numérotés, et en suivant l'ordre des segments, on peut reconstituer la manière dont le dessin a été tracé. Malheureusement, Deacon est mort à la fin de son terrain, en attendant le bateau du retour, en mars 1927. Mais son travail, qui était connu par les lettres qu'il avait écrites de là-bas, était considéré comme suffisamment important pour qu'on récupère ses notes de terrain dans ses bagages, et à partir de ses lettres et de ses notes, on a publié quelques années plus tard, en 1934, un livre qui est considéré comme un classique de l'anthropologie, ainsi qu'un article de revue spécialisée présentant l'ensemble des dessins qu'il avait recueillis, dont vous avez un exemple ici.

    Ce tracé de la tortue, c'est celui que l'on entend dans la pièce composée par Tom Johnson. Voilà comment se déroule le processus :

    tortue

    Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, le dessin n'est pas effectué de proche en proche, mais il est en quelque sorte constitué d'une combinaison de sous-courbes qui parcourent l'ensemble de la figure. Au lieu d'avoir des petits éléments, qui sont tracés chacun à part et reliés les uns aux autres, en fait, le dessin procède par des grandes courbes qui se superposent, et se complètent pour former le dessin final.

    C'est à partir de ce tracé que Tom Johnson a composé la pièce que Daniel Kientzy va rejouer maintenant. À chaque unité du tracé est associé un élément mélodique : segment rectiligne, quart de cercle, patte, tête, carapace, etc. Dans l'animation ci-dessus, ces éléments ont été regroupés en motifs pour accélérer l'animation, mais dans le dessin original, il y a 103 éléments du tracé successifs. C'est cette succession d'éléments que l'on entend dans la pièce musicale.


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